La fête de Noël que nous venons de célébrer,
l'itinérance des mages et l'ouverture bienveillante à
l'Afrique recommandée par l'Église nous appellent à
élargir notre cur, notre regard et nos engagements en faveur
de tous nos frères et surs qui sont obligés de quitter
leur pays.
Certains arrivent chez nous. Dans notre département, leur nombre
augmente sensiblement. Notre communauté chrétienne et
nos paroisses apprécient leur présence, leur rayonnement,
leurs engagements.
Pouvons-nous dire qu'ils sont attendus, accueillis, considérés
et soutenus dans nos communautés, surtout s'ils proviennent de
pays où la tradition chrétienne et l'expérience
évangélique sont encore fort discrètes ? Nous sommes
renvoyés à un constat de carence et d'insuffisance que
l'Église nous invite à revisiter en nous laissant pénétrer
par les messages distillés au fil des années, autour de
la mi-janvier. Ce message tient en quelques affirmations de base.
Tous les migrants sont des hommes et ont à être considérés
et traités comme tels. Parmi eux, les plus fragiles demandent
à être considérés avec une grande bienveillance
et un infini respect. Benoît XVI nous invite à réfléchir
et à agir pour que les enfants soient accueillis, protégés,
soignés et éduqués dans les meilleures conditions.
Il rappelle opportunément que nous devons tout faire pour que,
dans notre propre pays, leurs droits, tels qu'ils sont promulgués
par la charte des droits de l'enfant, soient appliqués. Il suggère
que nous allions plus loin et que nous ne nous en tenions pas seulement
à la lettre de tels documents officiels qui demeurent d'actualité.
Ces enfants ont droit de vivre dans leurs familles. Loin de constituer
une charge ou un problème, note le Saint Père, ils sont
une chance, une grâce, un atout pour les pays qui les accueillent.
Ces notes et remarques de l'Église s'adressent à toutes
nos communautés. Il est facile de porter solennellement l'enfant
Jésus en procession la nuit de Noël ou de trouver un enfant
typique pour représenter l'enfant Jésus, il est autrement
plus difficile d'établir et de nourrir une relation d'amitié,
de soutien, d'accueil et de solidarité avec des familles de migrants.
N'est-ce pas aussi cela qui nous est demandé ?
Le Pape, dans son message de cette année, évoque discrètement,
avec une délicatesse suggestive, cinq terrains sur lesquels nous
pouvons nous engager avec les familles de migrants de nos environnements
respectifs.
* Nous sommes invités à les rencontrer, à dialoguer
avec elles, à partager leurs expériences, à leur
offrir une hospitalité sociale qui leur permette de s'épanouir
sans se renier. Elles ont des richesses à développer qui
leur sont propres.
* Nous sommes conviés à accueillir leurs traditions,
leurs cultures, leurs caractéristiques particulières pour
tisser des relations plus larges, nourries et des partages chaleureux,
amicaux et confiants.
* Nous sommes porteurs d'une bonne nouvelle les uns pour les autres.
Nous ne sommes pas dans l'attitude de ceux qui possèdent, donnent,
offrent. Nous avons à développer des attitudes d'accueil,
d'ouverture, de bienveillance, d'attention à ces nouveaux frères
et surs qui nous sont envoyés et avec lesquels nous avons
à faire alliance.
* Nous sommes, aujourd'hui, appelés à vivre une véritable
communauté de croyants, disposés à s'enrichir mutuellement,
à approfondir ensemble leur foi et à la célébrer
dans la joie. Souvent, ces familles, par leur simplicité et leur
joie de vivre et de s'exprimer, offrent à nos communautés
plus réservées, des rayons de joie, des bouquets de fleurs
épanouies, des gestes et des rythmes qui expriment la profondeur
de la foi.
* Avec ces familles, nous sommes conviés jusqu'au partage de
dons, aux échanges de moyens de vivre et de raisons d'espérer
en un avenir commun, dans le respect de nos richesses respectives, de
nos dons particuliers, de nos apports créatifs.
" Dans une société en voie de mondialisation,
le bien commun et l'engagement en sa faveur ne peuvent pas ne pas assumer
les dimensions de la famille humaine tout entière, c'est-à-dire
de la communauté des peuples et des nations. " C.V.7 -B.XVI
Vaste programme qui ne peut nous laisser de marbre.
Pierre PICAN
Évêque de Bayeux et Lisieux