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Louis (1823-1894)
et Zélie (1831-1877) Martin : un mariage d'amour
Moi, disait Zélie Martin, jaime les enfants
à la folie, jétais née pour en avoir
Pourtant, ce foyer aurait pu ne jamais exister. Louis, à vingt
ans, était en Suisse pour un apprentissage en horlogerie. Il découvrit
le plus haut monastère dEurope : lermitage du Grand
Saint-Bernard des chanoines réguliers de Saint-Augustin, secours
des alpinistes perdus dans les avalanches. Le Prieur fut formel : pas
de connaissance du latin, pas de postulat au monastère. Déçu,
Louis retourna dans la plaine dAlençon et devint horloger.
De son côté, Zélie Guérin, qui souhaitait être
admise chez les surs de Saint Vincent de Paul dAlençon,
rencontra la Supérieure. Celle-ci ne reconnut pas là une
vocation. Zélie décida alors de faire lécole
dentellière pour sinitier à lart redoutable
de précision du Point dAlençon, « chef-duvre
collectif ».
En 1853, à vingt-deux ans, elle sinstalle, avec sa sur
Élise, comme « fabricante de Point dAlençon
» avec des ouvrières à domicile qui lui apportent
leurs travaux quelle assemble. Il faut aussi trouver des clients,
répondre à leurs commandes et tenir son « Bureau »
dans leur maison de la rue Saint-Blaise.
Lhorloger a épousé la dentellière le 13 juillet
1858 en léglise Notre-Dame dAlençon. «
Ils se marièrent et eurent beaucoup denfants. » Ainsi
finissent les contes qui émerveillaient nos enfances.
Un conte idyllique ?
Il faut lire les lettres de Zélie (il en reste 218) qui sétalent
de 1863 à 1877, année de sa mort. Rééditées
dans la Correspondance Familiale, elles suivent la vie ordinaire de cette
famille au rythme de ses naissances, de ses deuils, traversant la guerre
de 1870, des crises économiques, des joies familiales surtout,
mais sachevant brutalement par un drame : la mort de Zélie,
à quarante-six ans, dun cancer, laissant Louis responsable
de cinq filles mineures : Marie, Pauline, Léonie, Céline,
Thérèse.
En fait, les neuf enfants eurent tous comme premier prénom
Marie, on les distinguait par le prénom suivant. Comment sétonner
de ce que Thérèse ait pu écrire : «
les maternelles préférences de la Reine du Ciel pour notre
famille » (Ms A, 2 r°).
Après la mort de Zélie, Louis, sous la pression amicale
de son beau-frère, Isidore Guérin, pharmacien à lombre
de la Cathédrale de Lisieux, accepta de sarracher à
son milieu, à ses amis, pour le bien de ses filles ; leur éducation
fut facilitée par lamitié familiale du foyer Guérin
qui avait lui-même deux filles, les cousines Jeanne et Marie. Cest
ainsi quil y a eu une Thérèse de Lisieux.
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Une famille ordinaire
peu ordinaire
Les Martin à Alençon ? Une famille comme les autres. Des
artisans commerçants : un horloger qui travaille seul, monte, répare
les montres pendant vint et un ans, 17 rue du Pont Neuf. Il aide sa femme
au plan administratif, elle qui travaille sans relâche son «
Point dAlençon ».
Leur vie de famille qui grandit régulièrement est un de
leurs centres dattention. Leurs loisirs sont simples, familiaux.
Zélie et Louis ont perdu quatre enfants de mortalité infantile
: Marie-Hélène, Marie-Joseph, Marie-Jean-Baptiste, Mélanie-Thérèse,
terrible réalité en ce XIXe siècle.
Ce qui est moins ordinaire, cest la place que Dieu tient dans leur
vie personnelle et communautaire.
Peu de paroissiens de léglise Notre-Dame vont tous les jours
à la messe de 5 h 30, dite « messe des ouvriers ».
Dieu est le premier en tout. La prière familiale est bi-quotidienne,
rythmée par la liturgie et lAngélus. Noël, le
Carême, Pâques, le mois de Marie, le 15 août ont une
place centrale dans cette vie. Cela marque profondément les enfants.
Les messes, les vêpres, les complies, les missions, avec des sermons
souvent très longs, rassemblent la famille à léglise.
Louis Martin respecte scrupuleusement larrêt du travail du
dimanche, préférant perdre toute clientèle, ainsi
que les jeûnes rigoureux prescrits par lÉglise, en
Avent et en Carême.
La spiritualité de Zélie est marquée par celle de
la Visitation où sa sur, devenue sur Marie-Dosithée,
est entrée en 1858. Elle est tertiaire de lOrdre des clarisses,
a aussi des affinités avec saint François dAssise.
De sa jeunesse qui n'a pas été heureuse (sa mère
était assez rude), elle a gardé un fond dinquiétude
et de crainte, non sans lien avec lambiance de lépoque.
Sa vie profonde est lunion à Dieu dans le quotidien dune
mère de famille de cinq enfants avec le souci de Léonie,
plus difficile que les autres, des parents âgés et de jeunes
bonnes campagnardes qui lui apportent souvent plus de soucis que daide
efficace.
Louis Martin a gardé le sens de lintériorité,
de la prière personnelle, pour tout dire, de la contemplation,
de son désir dêtre moine. Il aime les pèlerinages
et participe à plusieurs, dont celui de Chartres, Lourdes, Notre-Dame
des Victoires
Son passe-temps favori est la pêche. Il est aussi un bon joueur
de billard. Il retrouve ses amis dAlençon au Cercle Catholique
et participe à lAdoration nocturne.
On pourrait craindre quun tel foyer soit un éteignoir. Daprès
lavis des filles qui y ont vécu, il nen était
rien : il y avait de lambiance, de la gaieté, des jeux, des
fêtes, des sorties en famille.
Ces chrétiens ne sont pas encapuchonnés dans leur piété.
« Celui qui n'aime pas son frère, qu'il voit, ne saurait
aimer Dieu qu'il ne voit pas. » (1 Jn 2,40)
Ils vivent, sans bruit, une charité concrète dans laquelle
ils sengagent physiquement : ainsi Zélie, malgré ses
craintes, aidera deux petites filles terrorisées par deux fausses
religieuses. Il lui faudra aller témoigner jusquau commissaire
de police. Louis recueille un épileptique rencontré à
la gare et soccupe de le faire soigner. De même pour des sortes
de SDF de lépoque. On nhésite pas à inviter
à la table familiale des « clochards » rencontrés
dans la rue. On visite des vieillards. On apprend aux enfants à
honorer le pauvre et à le traiter comme un égal. Thérèse
en sera à jamais marquée.
La mère foudroyée
Louis et Zélie vivront une Passion, chacun à sa manière.
Lorsquen décembre 1876, Zélie apprend quelle
a un cancer inopérable qui ne lui laisse aucune chance, Louis est
« anéanti », la panique saisit sa maisonnée.
Avec un courage héroïque, Zélie affrontera la mort,
travaillant jusquau bout, allant chaque matin à la messe
jusquà la fin. Un pèlerinage à Lourdes, rempli
dincidents déplorables, ajoutera encore à ses souffrances.
Son souci, cest lavenir de ses cinq filles. Elle sinquiète
surtout pour « la pauvre Léonie » quelle sait
plus fragile. Elle quittera les siens le 28 août 1877.
Le père humilié
La passion de Louis sera dun autre ordre. À
partir de novembre 1877, il vivra en rentier dans la maison des Buissonnets,
louée à Lisieux. Il acceptera de donner successivement toutes
ses filles à Dieu : Pauline (1882), Marie (1886), Léonie
(qui fera plusieurs essais de vie religieuse et sera définitivement
visitandine à Caen en 1899), enfin sa petite Reine, Thérèse
(1888). Céline entrera au Carmel en 1894.
Sa santé ébranlée se dégradera
de plus en plus jusquà une crise grave qui nécessitera
une hospitalisation immédiate au Bon Sauveur de Caen. Nous lappelons
aujourdhui hôpital psychiatrique. Mais en 1889, les bonnes
gens disent plutôt : « l'asile de fous ».
Voilà le vénérable « Patriarche
» au milieu de cinq cents malades de toutes sortes. Il est devenu
le matricule 14449. Lhomme estimé et respecté a sombré
dans la pire déchéance. « Il a bu à la plus
humiliante de toutes les coupes » écrira Thérèse
(Ms A, 73 r°). La majorité des docteurs ont diagnostiqué
une artériosclérose cérébrale, avec une insuffisance
rénale (poussées durée). Ainsi sest décomposée
la famille. Le bail des Buissonnets a été résilié.
Trois filles sont carmélites.
Non guéri, Louis Martin est rendu à la famille
Guérin qui le loge près delle à Lisieux, assisté
jour et nuit par Céline.
Il passe des vacances dans la propriété de la Musse dont
les Guérin ont hérité. Il est comme un enfant, qui
demande perpétuellement assistance. Il meurt le 29 juillet 1894
et est enterré au cimetière de Lisieux.
Louis avait offert en 1888, lautel de la cathédrale
Saint-Pierre, sa paroisse, lorsque le curé voulait avoir une souscription.
Thérèse commentera : « Papa venait doffrir à
Dieu un Autel, ce fut la victime choisie pour y être immolé
avec lAgneau sans tache. » (Ms A, 71 v°)
Relisant la vie de sa famille à la lumière de lAmour
Miséricordieux en 1896, sur Thérèse de lEnfant-Jésus
écrira, évoquant le jour de sa prise dhabit au Carmel
où elle était au bras de son « Roi chéri »
:
« La journée du 10 janvier fut le triomphe de mon Roi, je
le compare à l'entrée de Jésus à Jérusalem
le jour des Rameaux ; comme celle de notre Divin Maître, sa gloire
d'un jour fut suivie d'une passion douloureuse, et cette passion ne fut
pas pour lui seul ; de même que les douleurs de Jésus percèrent
d'un glaive le cur de sa Divine Mère, ainsi nos curs
ressentirent les souffrances de celui que nous chérissions le plus
tendrement sur la terre... Je me rappelle qu'au mois de juin 1888, au
moment de nos premières épreuves, je disais : « Je
souffre beaucoup, mais je sens que je puis encore supporter de plus grandes
épreuves. » Je ne pensais pas alors à celles qui m'étaient
réservées... Je ne pensais pas que le 12 février,
un mois après ma prise d'habit, notre Père chéri
boirait à la plus amère, à la plus humiliante de
toutes les coupes...
Ah ! ce jour-là je n'ai pas dit pouvoir souffrir encore davantage
!!!... Les paroles ne peuvent exprimer nos angoisses, aussi je ne vais
pas essayer de les décrire. Un jour, au Ciel, nous aimerons à
nous parler de nos glorieuses épreuves, déjà ne sommes-nous
pas heureuses de les avoir souffertes ?... Oui les trois années
du martyre de Papa me paraissent les plus aimables, les plus fructueuses
de toute notre vie, je ne les donnerais pas pour toutes les extases et
les révélations des Saints, mon cur déborde
de reconnaissance en pensant à ce trésor inestimable qui
doit causer une sainte jalousie aux Anges de la Céleste cour
» (Ms A, 73 r°)
Le 26 juillet 1897, tout proche de sa mort, Thérèse vivant
elle-même une « passion » physique et spirituelle, écrira
à lAbbé Bellière un résumé de
lhistoire de sa famille. Elle commence ainsi : « Le bon Dieu
ma donné un père et une mère plus dignes du
Ciel que de la terre
» (LT 261)
Louis Martin, peu de temps avant de tomber malade, écrivait
en 1888 à ses trois filles carmélites : « Je tiens
à vous dire, mes chères enfants, que je suis pressé
de remercier et de vous faire remercier le bon Dieu, car je le sens, notre
famille, quoique très humble, a lhonneur dêtre
au nombre des privilégiés de notre adorable Créateur.
»
Un miracle pour leur béatification
Une enquête fort sérieuse sur les Parents
Martin a été faite par l'Eglise depuis 1957 jusqu'à
nos jours. Pour les déclarer bienheureux, il manquait un miracle,
que voici :
Le petit Pietro Schiliro, né à Monza le
25 mai 2002 dans une famille de quatre enfants, a été guéri
dune très grave et mortelle affection des poumons après
deux neuvaines aux Parents Martin le 28 juin 2002.
Un procès a été fait dans le diocèse de Milan,
qui a été positif. Le cardinal Tettamanzi en a donné
les conclusions à Milan le 10 juin 2003. Le dossier médical
de l'enfant guéri compte 967 pages !
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Accueil
Qu'est-ce qu'une béatification ?
La cause de béatification des parents Martin
Le miracle à Milan
Article dans la revue "Vie du Sanctaire Aujourd'hui"
La famille Martin
Louis Martin
Bibliographie
Festivités des 12 et 13 juillet
Communiqué béatification par sanctuaire de Lisieux
Un
mariage d'amour
Béatification Jour "J " en images.
Messe sur KTO
Reportages sur RCF Normandie
La béatification de Louis et Zélie
Martin, un t ype de fruit pour la vie sociale ...
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