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Louis et Zélie Martin un mariage d'amour

Auteur : Mgr Guy Gaucher- Parution F&L n° 230 de Juillet-Août 2004

 

Louis (1823-1894) et Zélie (1831-1877) Martin : un mariage d'amour

 

 

Moi, disait Zélie Martin, j’aime les enfants à la folie, j’étais née pour en avoir… Pourtant, ce foyer aurait pu ne jamais exister. Louis, à vingt ans, était en Suisse pour un apprentissage en horlogerie. Il découvrit le plus haut monastère d’Europe : l’ermitage du Grand Saint-Bernard des chanoines réguliers de Saint-Augustin, secours des alpinistes perdus dans les avalanches. Le Prieur fut formel : pas de connaissance du latin, pas de postulat au monastère. Déçu, Louis retourna dans la plaine d’Alençon et devint horloger.


De son côté, Zélie Guérin, qui souhaitait être admise chez les sœurs de Saint Vincent de Paul d’Alençon, rencontra la Supérieure. Celle-ci ne reconnut pas là une vocation. Zélie décida alors de faire l’école dentellière pour s’initier à l’art redoutable de précision du Point d’Alençon, « chef-d’œuvre collectif ».


En 1853, à vingt-deux ans, elle s’installe, avec sa sœur Élise, comme « fabricante de Point d’Alençon » avec des ouvrières à domicile qui lui apportent leurs travaux qu’elle assemble. Il faut aussi trouver des clients, répondre à leurs commandes et tenir son « Bureau » dans leur maison de la rue Saint-Blaise.
L’horloger a épousé la dentellière le 13 juillet 1858 en l’église Notre-Dame d’Alençon. « Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants. » Ainsi finissent les contes qui émerveillaient nos enfances.

Un conte idyllique ?


Il faut lire les lettres de Zélie (il en reste 218) qui s’étalent de 1863 à 1877, année de sa mort. Rééditées dans la Correspondance Familiale, elles suivent la vie ordinaire de cette famille au rythme de ses naissances, de ses deuils, traversant la guerre de 1870, des crises économiques, des joies familiales surtout, mais s’achevant brutalement par un drame : la mort de Zélie, à quarante-six ans, d’un cancer, laissant Louis responsable de cinq filles mineures : Marie, Pauline, Léonie, Céline, Thérèse.

En fait, les neuf enfants eurent tous comme premier prénom Marie, on les distinguait par le prénom suivant. Comment s’étonner de ce que Thérèse ait pu écrire : « … les maternelles préférences de la Reine du Ciel pour notre famille » (Ms A, 2 r°).


Après la mort de Zélie, Louis, sous la pression amicale de son beau-frère, Isidore Guérin, pharmacien à l’ombre de la Cathédrale de Lisieux, accepta de s’arracher à son milieu, à ses amis, pour le bien de ses filles ; leur éducation fut facilitée par l’amitié familiale du foyer Guérin qui avait lui-même deux filles, les cousines Jeanne et Marie. C’est ainsi qu’il y a eu une Thérèse de Lisieux.
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Une famille ordinaire… peu ordinaire


Les Martin à Alençon ? Une famille comme les autres. Des artisans commerçants : un horloger qui travaille seul, monte, répare les montres pendant vint et un ans, 17 rue du Pont Neuf. Il aide sa femme au plan administratif, elle qui travaille sans relâche son « Point d’Alençon ».


Leur vie de famille qui grandit régulièrement est un de leurs centres d’attention. Leurs loisirs sont simples, familiaux. Zélie et Louis ont perdu quatre enfants de mortalité infantile : Marie-Hélène, Marie-Joseph, Marie-Jean-Baptiste, Mélanie-Thérèse, terrible réalité en ce XIXe siècle.


Ce qui est moins ordinaire, c’est la place que Dieu tient dans leur vie personnelle et communautaire.
Peu de paroissiens de l’église Notre-Dame vont tous les jours à la messe de 5 h 30, dite « messe des ouvriers ». Dieu est le premier en tout. La prière familiale est bi-quotidienne, rythmée par la liturgie et l’Angélus. Noël, le Carême, Pâques, le mois de Marie, le 15 août ont une place centrale dans cette vie. Cela marque profondément les enfants.
Les messes, les vêpres, les complies, les missions, avec des sermons souvent très longs, rassemblent la famille à l’église.


Louis Martin respecte scrupuleusement l’arrêt du travail du dimanche, préférant perdre toute clientèle, ainsi que les jeûnes rigoureux prescrits par l’Église, en Avent et en Carême.
La spiritualité de Zélie est marquée par celle de la Visitation où sa sœur, devenue sœur Marie-Dosithée, est entrée en 1858. Elle est tertiaire de l’Ordre des clarisses, a aussi des affinités avec saint François d’Assise.


De sa jeunesse qui n'a pas été heureuse (sa mère était assez rude), elle a gardé un fond d’inquiétude et de crainte, non sans lien avec l’ambiance de l’époque. Sa vie profonde est l’union à Dieu dans le quotidien d’une mère de famille de cinq enfants avec le souci de Léonie, plus difficile que les autres, des parents âgés et de jeunes bonnes campagnardes qui lui apportent souvent plus de soucis que d’aide efficace.
Louis Martin a gardé le sens de l’intériorité, de la prière personnelle, pour tout dire, de la contemplation, de son désir d’être moine. Il aime les pèlerinages et participe à plusieurs, dont celui de Chartres, Lourdes, Notre-Dame des Victoires…


Son passe-temps favori est la pêche. Il est aussi un bon joueur de billard. Il retrouve ses amis d’Alençon au Cercle Catholique et participe à l’Adoration nocturne.
On pourrait craindre qu’un tel foyer soit un éteignoir. D’après l’avis des filles qui y ont vécu, il n’en était rien : il y avait de l’ambiance, de la gaieté, des jeux, des fêtes, des sorties en famille.
Ces chrétiens ne sont pas encapuchonnés dans leur piété. « Celui qui n'aime pas son frère, qu'il voit, ne saurait aimer Dieu qu'il ne voit pas. » (1 Jn 2,40)


Ils vivent, sans bruit, une charité concrète dans laquelle ils s’engagent physiquement : ainsi Zélie, malgré ses craintes, aidera deux petites filles terrorisées par deux fausses religieuses. Il lui faudra aller témoigner jusqu’au commissaire de police. Louis recueille un épileptique rencontré à la gare et s’occupe de le faire soigner. De même pour des sortes de SDF de l’époque. On n’hésite pas à inviter à la table familiale des « clochards » rencontrés dans la rue. On visite des vieillards. On apprend aux enfants à honorer le pauvre et à le traiter comme un égal. Thérèse en sera à jamais marquée.

La mère foudroyée


Louis et Zélie vivront une Passion, chacun à sa manière. Lorsqu’en décembre 1876, Zélie apprend qu’elle a un cancer inopérable qui ne lui laisse aucune chance, Louis est « anéanti », la panique saisit sa maisonnée.


Avec un courage héroïque, Zélie affrontera la mort, travaillant jusqu’au bout, allant chaque matin à la messe jusqu’à la fin. Un pèlerinage à Lourdes, rempli d’incidents déplorables, ajoutera encore à ses souffrances. Son souci, c’est l’avenir de ses cinq filles. Elle s’inquiète surtout pour « la pauvre Léonie » qu’elle sait plus fragile. Elle quittera les siens le 28 août 1877.

Le père humilié

La passion de Louis sera d’un autre ordre. À partir de novembre 1877, il vivra en rentier dans la maison des Buissonnets, louée à Lisieux. Il acceptera de donner successivement toutes ses filles à Dieu : Pauline (1882), Marie (1886), Léonie (qui fera plusieurs essais de vie religieuse et sera définitivement visitandine à Caen en 1899), enfin sa petite Reine, Thérèse (1888). Céline entrera au Carmel en 1894.

Sa santé ébranlée se dégradera de plus en plus jusqu’à une crise grave qui nécessitera une hospitalisation immédiate au Bon Sauveur de Caen. Nous l’appelons aujourd’hui hôpital psychiatrique. Mais en 1889, les bonnes gens disent plutôt : « l'asile de fous ».

Voilà le vénérable « Patriarche » au milieu de cinq cents malades de toutes sortes. Il est devenu le matricule 14449. L’homme estimé et respecté a sombré dans la pire déchéance. « Il a bu à la plus humiliante de toutes les coupes » écrira Thérèse (Ms A, 73 r°). La majorité des docteurs ont diagnostiqué une artériosclérose cérébrale, avec une insuffisance rénale (poussées d’urée). Ainsi s’est décomposée la famille. Le bail des Buissonnets a été résilié. Trois filles sont carmélites.

Non guéri, Louis Martin est rendu à la famille Guérin qui le loge près d’elle à Lisieux, assisté jour et nuit par Céline.
Il passe des vacances dans la propriété de la Musse dont les Guérin ont hérité. Il est comme un enfant, qui demande perpétuellement assistance. Il meurt le 29 juillet 1894 et est enterré au cimetière de Lisieux.

Louis avait offert en 1888, l’autel de la cathédrale Saint-Pierre, sa paroisse, lorsque le curé voulait avoir une souscription. Thérèse commentera : « Papa venait d’offrir à Dieu un Autel, ce fut la victime choisie pour y être immolé avec l’Agneau sans tache. » (Ms A, 71 v°)


Relisant la vie de sa famille à la lumière de l’Amour Miséricordieux en 1896, sœur Thérèse de l’Enfant-Jésus écrira, évoquant le jour de sa prise d’habit au Carmel où elle était au bras de son « Roi chéri » :
« La journée du 10 janvier fut le triomphe de mon Roi, je le compare à l'entrée de Jésus à Jérusalem le jour des Rameaux ; comme celle de notre Divin Maître, sa gloire d'un jour fut suivie d'une passion douloureuse, et cette passion ne fut pas pour lui seul ; de même que les douleurs de Jésus percèrent d'un glaive le cœur de sa Divine Mère, ainsi nos cœurs ressentirent les souffrances de celui que nous chérissions le plus tendrement sur la terre... Je me rappelle qu'au mois de juin 1888, au moment de nos premières épreuves, je disais : « Je souffre beaucoup, mais je sens que je puis encore supporter de plus grandes épreuves. » Je ne pensais pas alors à celles qui m'étaient réservées... Je ne pensais pas que le 12 février, un mois après ma prise d'habit, notre Père chéri boirait à la plus amère, à la plus humiliante de toutes les coupes...
Ah ! ce jour-là je n'ai pas dit pouvoir souffrir encore davantage !!!... Les paroles ne peuvent exprimer nos angoisses, aussi je ne vais pas essayer de les décrire. Un jour, au Ciel, nous aimerons à nous parler de nos glorieuses épreuves, déjà ne sommes-nous pas heureuses de les avoir souffertes ?... Oui les trois années du martyre de Papa me paraissent les plus aimables, les plus fructueuses de toute notre vie, je ne les donnerais pas pour toutes les extases et les révélations des Saints, mon cœur déborde de reconnaissance en pensant à ce trésor inestimable qui doit causer une sainte jalousie aux Anges de la Céleste cour… » (Ms A, 73 r°)


Le 26 juillet 1897, tout proche de sa mort, Thérèse vivant elle-même une « passion » physique et spirituelle, écrira à l’Abbé Bellière un résumé de l’histoire de sa famille. Elle commence ainsi : « Le bon Dieu m’a donné un père et une mère plus dignes du Ciel que de la terre… » (LT 261)

Louis Martin, peu de temps avant de tomber malade, écrivait en 1888 à ses trois filles carmélites : « Je tiens à vous dire, mes chères enfants, que je suis pressé de remercier et de vous faire remercier le bon Dieu, car je le sens, notre famille, quoique très humble, a l’honneur d’être au nombre des privilégiés de notre adorable Créateur. »


Un miracle pour leur béatification

Une enquête fort sérieuse sur les Parents Martin a été faite par l'Eglise depuis 1957 jusqu'à nos jours. Pour les déclarer bienheureux, il manquait un miracle, que voici :

Le petit Pietro Schiliro, né à Monza le 25 mai 2002 dans une famille de quatre enfants, a été guéri d’une très grave et mortelle affection des poumons après deux neuvaines aux Parents Martin le 28 juin 2002.
Un procès a été fait dans le diocèse de Milan, qui a été positif. Le cardinal Tettamanzi en a donné les conclusions à Milan le 10 juin 2003. Le dossier médical de l'enfant guéri compte 967 pages !

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Le miracle à Milan Article dans la revue "Vie du Sanctaire Aujourd'hui"

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Communiqué béatification par sanctuaire de Lisieux Un mariage d'amour

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La béatification de Louis et Zélie Martin, un t ype de fruit pour la vie sociale ...

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